Un journal papier 2.0
Mais qu’est-ce que c’est que ce canard? Vous avez sans doute déjà pris ce journal entre vos mains et l’avez retourné pour admirer notre « Der » féroce. Après l’avoir ouvert pour en humer les pages, vous avez peut-être poussé des «Oh !» en découvrant le beau trait de PET, notre bédéiste vedette, et des « argh !» en réalisant la longueur des articles, l’absence de brèves et de news, la densité de l’ensemble.
Pas de panique. Prenez votre temps. ITHAQUE, dont vous tenez ici le premier numéro, ne sortira que tous les trois mois. Vous pouvez donc le lire, le poser, l’oublier, le reprendre, le terminer, le recommencer. Soit. Mais cela ne nous aide pas à classifier l’objet. Qu’est-ce que c’est que ce canard, demandiez-vous? Bien que sûre de ses goûts et de ses choix, la rédaction d’ITHAQUE a elle-même longuement planché sur le qualificatif qui pourrait le mieux définir sa créature.
Nous aimons le mot «barbare», si magnifiquement déployé par Jean-Christophe Féraud en page 20. Mais ce qui nous colle encore mieux à la peau, c’est l’expression «2. 0». D’accord, c’est un terme à la mode, utilisé pour tout et n’importe quoi, ressassé, essoré, rabâché. Mais si nous le revendiquons, c’est qu’il nous correspond entièrement. Nous nous sommes, pour certains, rencontrés via ces réseaux sociaux qui sont soi-disant la mort des relations humaines. A coup de messages de 140 signes sur twitter, nous avons façonné l’équipe d’ITHAQUE, contacté certains de nos contributeurs, trouvé les premiers lecteurs qui nous ont soutenus.
A travers ce projet, nous voulons transposer sur papier le partage, l’échange, le mélange de genres, de styles, la liberté de ton qui caractérisent le Web que nous pratiquons. Parce qu’aujourd’hui, on peut-être à la fois geek et poète, doctorant et twittermaniaque, historien et blogueur acharné. Parce qu’à travers le foisonnement de l’offre rédactionnelle online, ce n’est peut-être pas notre rapport au papier, mais à l’écrit qui a changé : nous ne voulons pas du plus court, mais du plus varié, du plus imaginatif, du plus personnalisé, du plus osé. Nous n’utilisons pas Internet pour pouvoir cliquer comme des forcenés, mais au contraire, pour pouvoir prendre notre temps, développer, cogiter et, bien sûr, commenter. Cela, ITHAQUE va tenter de vous l’offrir, avec, en sus, l’odeur, le toucher, la présence du papier et la force des images imprimées.
De par l’éclectisme de ses créateurs et contributeurs, ce canard propose une forme de journalisme différente, à la fois citoyenne et professionnelle. Notre style peut être gouailleur, mais nos informations sont vérifiées. Nous prônons la subjectivité et la transparence, mais nos sources sont protégées. Si l’actualité nous intéresse, elle n’est pas notre moteur. Si la politique nous passionne, nous laissons à d’autres le soin de l’analyser. Notre raison d’être, ce sont les gens, la somme de destins individuels qui composent notre société: savoir quel rapport un prêtre peut avoir à la sexualité (p.3), pourquoi un patron de PME ses sent obligé d’être bronzé pour exister (p.7), qui est ce soldat américain qui a tenté de se suicider par police interposée (p. 14), comment un contrôleur de train vit le fait d’être raillé sans arrêt (p 18). Nous voulons croire que l’on peut évoquer l’intimité des curés sans se braquer sur la pédophilie, qu’il est possible de raconter l’Irak sans photo d’attentat, que l’on peut questionner un employé CFF sans qu’il ait été agressé la veille. Et parce que pour être, il faut aussi penser, nous avons inséré des réflexions entre nos récits du réel .
Comme il faut bien se lancer et que l’argent manquait, nous avons réalisé ce premier numéro à la force du poignet. Au moment de boucler, nous nous sentons à la fois fiers de l’avoir fait et infiniment perfectibles. Si vous partagez cette analyse, soutenez-nous: abonnez-vous, entrez dans notre association, félicitez-nous, critiquez-nous, répondez-nous. La suite, lecteurs, dépend de vous.
La Rédaction
